Extraits "Voyage"

EXTRAIT de Voyage à Femicoeur

 

Gaïa expire longuement. Son souffle puissant danse dans les branches. Un vent rageur et une pluie drue font ployer les arbres dans un tempo révolté digne d’un tube de Hard Rock. Les nuages noirs se bousculent dans une sarabande apocalyptique.

       Où suis-je ? Comment suis-je arrivée ici ? Quelle heure est-il ? Pourquoi ne suis-je pas au chaud chez moi ? En suis-je loin ?

       Je me sens complètement perdue. À première vue, je suis dans une forêt. Soudain, un petit animal trempé me frôle. Je tressaille de douleur et de froid. De la tête aux pieds, je ne suis que souffrance. De plus, je ne vois que d’un œil. Mais d’où sort ce chien ? Où va-t-il ? Il connaît peut-être un endroit où s’abriter ? Je vais lui emboiter le pas.

       Le cabot trottine sur le sentier en gémissant à chaque coup de tonnerre. Malgré ses peurs, il continue inexorablement, mais se retourne à intervalles réguliers, comme pour s’assurer de ma présence. C’est un fait, je marche très lentement et je trébuche souvent. Néanmoins, ce calvaire va peut-être s’arrêter, car je distingue une lumière au loin.

Dona.

       La lanterne se balance au-dessus de la porte d’une humble demeure. Les gouttes de pluie s’abattent en rafales sur le toit en chaume, mais à l’intérieur, la femme n’en a cure. Son visage reflète une bienveillance maternelle. Sa longue jupe brune balaie le sol et son corsage en soie laisse deviner une poitrine épanouie. Ses gestes sont harmonieux et fluides, comme si elle évoluait au son d’une douce musique intérieure.

       Ses connaissances et ses dons d’intuition lui viennent de sa mère. Pour l’homme lambda, cette transmission orale du matriarcat pourrait susciter des effluves de soufre et de sorcellerie, mais à Fémicœur, les croyances et les jugements importent peu. Elle sait qu’elle est la Mère. Tous les jours, elle se parfume avec de l’huile essentielle de lavande vraie. Cette essence exalte la simplicité et l’humilité. En outre, elle apporte une protection enveloppante et apaise les souvenirs.

       Sur sa cuisinière au bois, un liquide ambré infuse dans une marmite aux bords noircis. Cette tisane à base de saule, romarin, lavande, cannelle et menthe, s’avère très efficace contre les maux de tête.

       Une décoction de feuilles de bouleau destinées à nettoyer les plaies trône sur la table en pin. À côté de celle-ci, deux pots en terre cuite attendent la future visiteuse. Dans le premier, un baume pour soigner les blessures, composé d’un mélange de cire d’abeille, d’argile verte, de pétales de calendula, de feuilles d’achillée, de plantain et de fraisier sauvage. Dans l’autre, de l’huile d’arnica pour résorber les hématomes.


 

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